Exposition / Exhibition Lingerie Treasures (Shanghai)

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« Lingerie Treasures » un siècle d’histoire de la lingerie
‘Lingerie Treasures’ a century of the history of lingerie

Ghislaine Rayer et Patrice Gaulupeau, toujours sous l’enseigne « Nuits de Satin» ont réalisé en partenariat avec Eurovet une exposition pour les 10 ans du Salon de Shanghai Mode Lingerie. Cette exposition nommée « Lingerie Treasures » a retracé un siècle de l’histoire des Corsets et de la Lingerie par le biais des différentes matières utilisées pour leur fabrication : des crinolines du Second Empire en 1860 aux soubresauts révolutionnaires du MLF en 1968…

Ghislaine Rayer and Patrice Gaulupeau carried out as ‘Nuits de Satin’ an exhibition in association with Eurovet for the 10 year anniversary of Shanghai Fashion Lingerie Show. This exhibition named ‘Lingerie Treasures’ traced a century of the history of Corsets and Lingerie through the different fabrics used: from crinolines of the Second Empire in 1860 to the Women’s Movement in 1968 …

Affiche Shanghai

Soixante pièces de cette collection ont donc été choisies pour leur beauté, leur rareté et leur caractère historique, mais aussi et surtout pour la diversité de leurs matières, véritable sujet de cette exposition.

Durant le siècle d’or des Corsets et de la Lingerie, de très nombreuses matières furent employées :

Les fibres végétales, avec le coton, omniprésent dans les dessous de la fin du 19ème siècle et qui sera la fibre star des années 1900. Puis le latex (caoutchouc) apportera aux femmes, pour la première fois, le confort des matières extensibles.

Les fibres animales avec le crin de cheval soit pour les corsets du peuple ou les crinolines de la haute bourgeoisie, et surtout la Soie, invention Chinoise vieille de 5000 ans, dont le fil magique sublimera toute pièce de lingerie et transformera tout corset en œuvre d’art.

Les fibres synthétiques enfin, en commençant par la Viscose/Rayonne, appelée aussi soie artificielle qui fera les beaux jours de la lingerie des années 30.

Et enfin, les deux grandes inventions textiles du 20ème siècle, le Nylon, en 1940, véritable  fibre révolutionnaire de l’après guerre, et le Lycra, première fibre complètement extensible qui fera des années 60, les « années stretch » et annoncera l’ère des textiles intelligents du 21ème siècle.

Chacune des 60 pièces de cette exposition a représenté une matière, c’est ainsi que parmi celles-ci, étaient exposés :

  •  Une jupe-cage à faux-cul en acier, toile et  tresse de coton (1885)
  •  Un corset en satin de soie (1890)
  •  Un déshabillé en batiste et dentelle de coton (1900)
  •  Une brassière à jarretelles en broderie anglaise et fanons de baleines (1905)
  •  Une culotte en mousseline et crêpe de Chine (1920)
  •  Une gaine Playtex en latex pur de (1940)
  •  Un jupon Christian Dior en nylon rigide et dentelle de nylon (1949)
  •  Une guêpière en charmeuse et tulle plumetis (1950)
  • Etc …

Plus 2 pièces exceptionnelles : l’ancêtre du corset, un « Corps piqué » en crin de 1775, (époque Louis XVI) et un déshabillé « Second Empire » en taffetas et tulle point d’esprit porté par Martine Carol en1956 pour le film « Nana« .

Sixty items of the collection were carefully picked for their beauty, rarity and their historic signification, but also according to the diversity of the fabrics, which was the main theme of the exhibition.

During the golden age of Corsets and Lingerie, many fabrics were used:

Plant fibers, such as cotton, which was omnipresent in underwear at the end of the 19th century and became the main fiber in 1900′. Then latex (rubber) gave women for the first time some confort with expendable fabrics.

Animal fibers, such as horsehair for the commoners’ corsets or the upper class’ s crinolines, and especially silk, which is a Chinese invention that dates back to 5000 years ago, and that enhanced every piece of lingerie, turning any corset into a work of art.

Synthetic fibers, such as Viscose/Rayon, also called ‘art silk’ that prospered during the 30s.

Finally, the two great inventions of the 20th century. Nylon, a truly revolutionary fiber created in 1940 during the post-war period. And Lycra, the first completely expansible fiber that made the 60s the ‘stretch years’ and that foreshadowed the era of smart textiles in the 21st century.

Each of the 60 items in the exhibition embodied a fabric, among them:

  • A crinoline with a steel bustle, in hessian and braided cotton (1885)
  • A silk satin corset (1890)
  • A négligé in batiste and cotton lace (1900)
  • A brassiere with garters in English embroidery and baleen whale (1905)
  • Panties in Muslin and crepe de Chine (1900)
  • A Playtex girdle in pure latex (1940)
  • A Christian Dior petticoat in rigid nylon and nylon lace (1949)
  • A guepiere in charmeuse and dotted swiss tulle (1950)
  • Etc …

Plus 2 exceptional items: the corset’s predecessor: a ‘Stay’ made in hair from 1775 (Louis XVI period) and a négligé ‘Second Empire’ in taffeta and point d’esprit tulle worn by Martine Carol in 1956 for the film ‘Nana‘.

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Les Corsets au Bagne / Corsets in a Penal Colony

ENGLISH VERSION AT THE END 

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Les vieux corsets recyclés au bagne de St Martin de Ré

Le bagne de l’île de Ré était une forteresse installée dans la citadelle de Saint-Martin-de-Ré. Il fut, pendant 65 ans, de 1873 à 1938, le point de regroupement des 100 000 condamnés aux travaux forcés avant leur départ par bateau vers la Guyane ou la Nouvelle-Calédonie. Le plus célèbre d’entre eux fut le capitaine Dreyfus, incarcéré trente-trois jours en 1895, avant d’être déporté sur l’île du diable. Guillaume Seznec, Henri Charrière plus connu sous le surnom de « Papillon », et Maxime Lisbonne, héros de la commune et inventeur oublié du Striptease, passeront  aussi par ce sinistre endroit.

Voici ce que nous apprend Lucien Victor meunier sur le recyclage des vieux corsets, dans un article de « La France du Sud Ouest » de 1904.

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« Dans la citadelle du bagne de Saint-Martin-de-Ré, nous avons franchi la porte de fer qui sépare la caserne, du dépôt des condamnés aux travaux forcés. Nous nous sommes trouvés dans la grande cour toute baignée de soleil, plantée d’arbres maigres, entre lesquels les forçats, sous le regard des gardiens, accomplissent la promenade traditionnelle, marchant au pas rythmé, en file indienne, tous uniformément vêtus de brun, pantalon blouse et béret, trainant leur sabot, chacun portant dans une musette de toile, tout ce qu’il possède.

Et puis, comme nous nous trouvions dans un recoin écarté, nous avons vu, sous un hangar, une masse énorme de corsets; des corsets hors d’usage, déchirés, sales, empilés. La rencontre était au moins singulière, nous avons questionné le Directeur.Il nous a confié qu’il devenait de plus en plus difficile de faire travailler les forçats. Les justes réclamations ouvrières comme le machinisme avaient réduit la main d’œuvre pénale à peu près à l’impuissance, nous avons donc cherché pour ne pas laisser les condamnés inactifs, et le décorticage des vieux corsets nous a semblé répondre au but poursuivi.

Mais d’où viennent ces vieux corsets ? Renseignements pris, il semble que dans de nombreux points charitables de la capitale, on collecte ainsi ces sous-vêtements usagés. D’ailleurs, nous nous rappelons avoir vu à Paris près de l’église Notre-Dame-des-Victoires, à la porte d’un établissement intitulé « Assistance par le Travail », des sortes de troncs, où les femmes étaient priées de jeter en passant, leurs corsets usés.

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Carte postale : le « Petit Chiffonnier » – La collecte des corsets

Patiemment, lentement, les forçats déchirent ces vieux corsets, en séparent les divers éléments, car tout peut et doit resservir, les baleines, le cuivre des œillères, l’étoffe, la toile, qui mise à la cuve, deviendra papier.

Longtemps nous sommes restés rêveurs, le regard attaché sur cet entassement. Ces monceaux de corsets dans ce bagne, cela produisait un effet étrange et poignant. Sous la crasse, malgré les déchirures, beaucoup conservaient l’air joli. Quelque chose de leur fraîcheur, de leur élégance d’autrefois, semblait être demeuré dans leurs plis fatigués, dans leurs cassures. De ces loques lamentables, on eut dit que s’exhalait un reste de parfum. Ils avaient jadis, ces corsets, serrés des tailles souples, emprisonnés de larges hanches, des gorges souriantes s’en étaient échappées; que d’histoires tendres ou gaies ils racontaient ces corsets décolorés, flétris, souillés, devenus chose inerte, eux qui ont tant vécu.

Et c’est aux mains des forçats qu’ils échouent. Ce sont des mains de voleurs et d’assassins, d’hommes que la société a rejeté, et qui doivent vivre désormais dans l’isolement et dans l’opprobre, ce sont ces mains là qui vont manier ces corsets encore imprégnés de tant de souvenirs.

A Saint-Martin-de-Ré, la consigne est inflexible, nulle femme ne peut franchir les portes du bagne. Les condamnés vivent sans que rien ne vienne leur rappeler qu’il existe ces êtres de charme, de consolation et de bonheur. Et voici qu’on leur remet ces corsets qui ont gardé la forme de la femme, presque son odeur. Vous les voyez ces hommes aux visages terreux, dont le cœur est devenu noir parce que l’espérance n’y habite plus, triturant ces chiffons qui, si puissamment, évoquent tous leurs souvenirs des femmes…. Dante a oublié cela dans son enfer. »

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Old recycled corsets at the St Martin de Ré penal colony

The penal colony in Ile de Ré was a fortress located inside the citadel of Saint-Martin-de-Ré. It was for more than 65 years, from 1873 and 1938, the gathering point for 100 000 convicts. There, they were sentenced to hard labor until they were taken to Guyana or New-Caledonia. The most famous prisoner was Captain Dreyfus, who was incarcerated for thirty-three days in 1895 before being deporting to the Devil’s Island. Guillaume Seznec, Henri Charrière (known as the ‘Btterfly’) and Maxime Lisbonne (who invented Striptease) were all sent to that dreadful place too.

This is what Lucien Victor, who was in charge of recycling old corsets, said about the place (1904):

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‘When we entered the penal colony, we were in a large courtyard bathed in sunlight, surrounded by narrow trees. The convicts were doing their regular stroll under the guards’ watch, walking in single file, all identically dressed in brown and carrying in canvas bags all of their belongings.

Then we saw in a warehouse a gigantic stack of corsets –old, worn out, dirty corsets. This was an unexpected sight and we questioned the Director.

He confessed it was becoming more and more difficult to find work to do for the convicts. In order for them not to be idle, he came up with the idea of giving them old corsets to dismantle.

But where did those old corsets come from? As it appeared, there were some charitable spots in the capital that collected worn underwear. This reminded us that we saw in Paris an establishment called ‘Assistance through Work’that asked women to throw in their battered corsets.

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Postcard : le « Petit Chiffonnier » – Collecting corsets

Slowly and patiently, the convicts would tear off the old corsets, separating the different elements as everything could be used again –the whalebones, the eyelets’ copper, the fabric, even the canvas that would be recycled into paper.

Seeing these corsets piling up in the penal colony left us somehow dreamy and moved. Despite the dirt and the rips, many corsets still looked pretty. They seemed to have kept some of their freshness and their former elegance. Theses corsets had once secured delicate waists, confined large hips, enhanced ample bosoms. These faded, withered, dirty corsets could tell many stories.

And they ended up in the hands of convicts. Those were hands of thieves, assassins, cast offs, who were now sentenced to live isolated and in disgrace. Those were the hands that would handle corsets that still held a lot of memories.

In Saint-Martin-de-Ré, the instructions were inflexible: no women could enter the penal colony’s gates. And suddenly, the convicts were given those corsets, which had kept the women’s figure and sometimes their perfume. Can you picture them? These men with their muddy face and their heart turned black because there is no hope left there, who were now handling rags that reminded them so strongly of women … Dante could have added this to his inferno.’

Text ©Patrice Gaulupeau/Nuits de Satin