La Samaritaine

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La remarquable ascension sociale d’un couple modeste, créateurs du grand magasin de la Samaritaine

SamaritaineErnest Cognacq 1839 – 1928
Marie-Louise Jaÿ 1838-1925

A l’arrêt des activités de la Samaritaine en 2005, de nombreuses archives du célèbre magasin furent dispersées et se retrouvèrent chez les brocanteurs. « Nuits de Satin » en acquis un lot conséquent qui, outre des centaines de catalogues, contenait des documents divers, tels des calendriers, publicités, liste de personnel, livre de comptes, etc… Et dans ces documents, il y avait un petit fascicule d‘octobre 1928, « L’Animateur des temps nouveaux » qui était consacré à la vie et à la réussite d’Ernest Cognac, père de la Samaritaine. Ce sont ces écrits que nous reprenons ici in extenso. Ils sont datés de par leur style ancien, mais ils ont le mérite de n’avoir pas été déformés par Google, le bouche à oreille moderne.

Samaritaine Cognacq

« Ernest Cognacq naquit à Saint-Martin-de-Ré le 3 octobre 1839. Mais ses premières années se passèrent à Marans, dans le sud-ouest de la France, où son père était allé, dès 1840, exploiter une charge de courtier maritime.
Il n’était pas né pour être un grand commerçant, mais il était certainement né pour réussir, parce que deux qualités forment l’unité de sa vie : un labeur acharné et ordonné, ainsi qu’une facilité d’adaptation extraordinaire.

A la mort de son père, Ernest Cognacq n’ayant pas un sou, dut quitter à 13 ans le Petit Séminaire où il commençait les études classiques qui auraient dû le mener à l’Ecole Navale.
Il part pour la Rochelle et trouve une place de commis chez un marchand de nouveautés. Il sera donc calicot, comme on disait à l’époque, c’est-à-dire vendeur de tissus. Et puisqu’il est, par la force des choses, dans le commerce, il s’efforcera de devenir le plus grand de tous.

CognacqErnest Cognacq 1839 – 1928

Après avoir travaillé à la Rochelle puis à Bordeaux, il part pour Paris. Il a quinze ans et se présente aux Magasins du Louvre qui viennent d’être fondés. Il est prêt à accepter la place la plus modeste. Malheureusement, on ne lui reconnaît pas les aptitudes nécessaires, il n’est pas engagé.
Cette première déception va tremper fortement sa volonté. Et le voici qui bat le pavé de la capitale à la recherche d’un emploi. C’est une période de misère, de vache enragée, mais pas de découragement. Paris est dur à ceux qui n’ont pas d’argent ; le jeune Cognacq est obligé de céder. Sans ressources, il retourne à pied à la Rochelle. Vaincu par la famine et la misère, il n’a pas pourtant renoncé à ses projets, à son rêve.

Quelques mois plus tard, il ose se remettre en route pour tenter une seconde expérience dans ce Paris qui le hante.Il a dix-neuf ans, et sa deuxième tentative est la bonne. Il réussit alors à se faire engager comme vendeur de tissus à « la Nouvelle Héloïse « .

Nouvelle Héloise

Il remarque immédiatement une employée de la Maison, Melle Louise, qui n‘est pas insensible à son charme. Peut-être est-ce une idylle qui va naitre ? Il n’aura pas le temps de le savoir car à la suite d’une maladresse, le jeune calicot est remercié et obligé brusquement de quitter sa place. Il n’a pas trouvé le temps, ni le courage, de faire sa déclaration d’amour à Melle Louise.
Et le voici vendeur dans une boutique qui a pour enseigne « A Notre Dame de Lorette ». Puis il tient un rayon de mercerie « Aux Dames Françaises », rue de Bucy. Ensuite, il fait l’étalage « A la Madeleine », dans un grand magasin des boulevards, non loin de l’endroit où, un demi-siècle plus tard, il installera sa succursale de luxe et son musée. Sou par sou, le jeune homme économise et parvient à amasser cinq mille francs. C’est peu, mais la somme lui paraît suffisante pour réaliser son ambition : s’établir à son compte.

Nous sommes en 1867 ; il ouvre, rue de Turbigo, un petit magasin à l’enseigne « Au Petit Bénéfice». Cet essai se termine rapidement par un désastre dont nous n‘avons pas les détails, mais une fois de plus, Ernest Cognacq à tout risqué, et il a tout perdu. Il se retrouve à nouveau sur le pavé sans un sou, ses économies se sont volatilisées dans la faillite. Néanmoins, il a gagné quelque chose de précieux : l’expérience, chèrement acquise.
Il a de la verve et du bagout, Il va donc chercher à se défendre autrement. Il se fait marchand forain. Camelot éclairé de la plus fine psychologie, le voici vendant de la toile de Paris à Marseille et de Marseille à Bordeaux. Cette étape lui aura été utile, il y aura appris à mieux connaître les goûts du public, de tous les publics. Il y aura appris les meilleurs arguments de vente. Il s’y sera entraîné à sortir victorieux de la lutte éternelle entre le vendeur et l’acheteur.

Mais la banlieue et la province ne suffisent plus au futur « Napoléon du déballage ». Paris! Paris! Paris, il veut conquérir cette capitale qui lui a été si cruel, et modestement il installe sa tente … un parapluie rouge ouvert sur le trottoir… du Pont Neuf.

Pont Neuf 1900

Cette fois sa faconde bonne enfant plaît. Les affaires marchent. Il est marchand ambulant à Paris et sa boutique portable bien que minuscule le fait survivre, c’est déjà ça.

Un jour, jouant aux dominos dans le café qui occupait la rotonde du Pont Neuf et de la rue de la Monnaie, il apprend que le patron trouve son local trop grand et qu’il en sous-louerait volontiers une partie. Nous sommes en 1869, Ernest Cognaq a reconstitué son pécule de cinq mille francs et l’expérience l’a rendu prudent. Il loue, mais à la journée seulement, même pas à la semaine : 15 francs par jour pour une boutique. Heureux temps !
Le quartier est vivant, animé. Les premières clientes sont les dames de la Halle. Elles viennent acheter le tissu dont elles se font des tabliers. Le magasin n’est pas luxueux. La marchandise est étalée sur des caisses d’emballage recouvertes d’andrinople rouge. Mais le patron sait parler la langue de sa clientèle. Aussi, bientôt au tissu de calicot s’ajoutent d’autres marchandises, et la clientèle s’accroît, s’accroît, si bien que le 21 mars 1870, Ernest Cognacq se décide à louer à bail. Il fait badigeonner sa boutique et la baptise : « A la Samaritaine » en souvenir d’une ancienne fontaine célèbre à cet endroit. »

Note de la rédaction :

La pompe de la Samaritaine et le pont Neuf depuis le quai de la Mégisserie en 1777 tableau de Nicolas Raguenet, musée CarnavaletLa pompe de la Samaritaine et le pont Neuf en 1777 tableau de Nicolas Raguenet, musée Carnavalet

En fait cette fontaine est une pompe hydraulique, elle est même la première machine hydraulique édifiée sur la Seine. Commandée par Henri IV, la pompe fut édifiée en 1605, pour alimenter en eau le palais du Louvre, les bâtiments et les jardins des Tuileries ainsi que les habitations des quartiers environnants.

Située sur la deuxième arche du pont, là où Ernest Cognac dépliera plus tard son parapluie, la façade de la pompe était décorée d’un ensemble de statues en bronze doré,  représentation biblique de «  la rencontre de Jésus et la Samaritaine devant le puis de Jacob».

LivingwaterJésus en Samarie, devant le puits de Jacob et une Samaritaine

La pompe fut détruite en 1813, les eaux de la Seine devenant de plus en plus nauséabondes et ne pouvant pas lutter avec le canal de l’Ourc qui apportait enfin à Paris de l’eau claire.

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« Cette boutique, il ne devait plus la quitter ; il acquerra bientôt le café, et peu à peu tous les étages de l’immeuble entier.

1870-Les-debuts-de-la-SamaritaineLa Samaritaine en 1870

Mais l’époque est incertaine et le Second Empire va se terminer dans la guerre. 1870 sera l’année Terrible. Le nouveau patron est enrôlé comme garde national. Angoissé, il se demande s’il va renouveler la longue liste de ses échecs. Que faire ? Il a l’audace, dans ces temps perturbés, d’offrir à la location, un atelier prêt à fonctionner à un inconnu qui a obtenu la commande d’une fourniture de pantalons rouges pour l’armée. Non seulement son offre est acceptée, mais on lui confie l’exécution de la commande. La guerre de 1870 étant courte, le commerce reprend vite ses droits dans la capitale.

En  1872 il rencontre de nouveau Mademoiselle Marie-Louise Jay, celle qu’il avait connue à « La Nouvelle Héloïse», celle à laquelle il n’avait osé faire sa déclaration. Elle avait quitté la « Nouvelle Héloïse » pour entrer au « Coin de Rue » puis « au Bon Marché», comme première au rayon confection. Cette fois-ci, Ernest Cognac ne veut pas laissez passer sa chance, Mlle Louise est avenante, sérieuse, travailleuse, elle devient donc, en 1872, Mme Cognacq et patronne de la « Samaritaine » .

Marie-Louise-Jay 1-Marie-Louise Jaÿ 1838-1925

Une association idéale, faite d’affection mutuelle, de la même ardeur au travail, du même génie passionné de la vente. A ce propos, Ernest Cognacq aimait à répéter par la suite : une compagne dévouée, qui s’associe aux travaux de son mari, qui l’encourage aux heures critiques, est un gage de succès pour les affaires qu’il entreprend.

Voici comment Georges Montorgueil, un journaliste célèbre de l’entre-deux guerres, parlait de cette association de deux travailleurs acharnés : « Leurs aptitudes se complétaient. Ils marchaient du même pas, avec la même ardeur. Les premiers arrivés au magasin, chaque matin, les derniers partis, et les dimanches et fêtes comme les jours ouvrables. Ils ne connaissaient et ne connaîtraient jamais ni les sorties, ni les voyages, ni les vacances. L’œil du maître se doublait de l’œil de la patronne : un bout de ficelle traînait-il au pied d’un comptoir, elle le ramassait. Avarice ? Non point. Un geste chargé de symbole n’est jamais vain. C’était de l’ordre. »

19300

Patron et patronne président donc à la vente : le soir, ils font leurs comptes ; ils travaillent jusqu’à minuit pour marquer les marchandises. Ce qui ne les empêche pas d’être levés à l’aube, pour surveiller le nettoyage, un plumeau à la main. On ajoute sans cesse de nouveaux articles rayons. Voyant qu’une cliente trouve à son goût un certain parapluie placé derrière le comptoir, Mr Cognacq n’hésite pas à lui vendre. C’est le parapluie de son épouse. Mme Cognacq répare elle-même le matériel avec une boîte à outil qu’elle conservera toute sa vie. Et plus tard elle sera fière de dire : « Nous n’avions pas les moyens à cette époque de recourir à des entrepreneurs. Mais nous avions de l’huile de bras. »

Jamais les patrons de la Samaritaine ne songent à solliciter la moindre avance de fonds de qui que ce soit, pas de capitaux parasites qu’il faut chèrement rétribuer.

Et maintenant, pour donner une idée de ce que peut l’association de deux êtres intelligents, ordonnés et travailleurs, pour donner une idée du développement des magasins de la Samaritaine, laissons parler les chiffres.

  • En 1871, la Samaritaine se composait d’une boutique de six mètres sur huit. Elle occupait deux employés. Le chiffre d’affaires du premier exercice fut de 300.000 francs.
  • En 1874, la Samaritaine comptait 40 commis, faisait 800.000 francs d’affaires. Puis c’était 1.900.000 francs en 1877, 6 millions en 1882, 17 millions en 1888, 25 millions en 1890, 40 millions en 1895.

1870 1883, l’activité se développe dans le Magasin 1 constitué de plusieurs immeubles mitoyens qui, au fur et à mesure de leur acquisition, sont reconvertis en commerce.

Les travaux de la Samaritaine en 1883

1886_2

  • En 1927, la Samaritaine occupe pour ses établissements de vente une superficie de 12.000 mètres, avec des constructions de six étages et trois sous-sols, ce qui donne un développement de 99.000 mètres.

Les établissements de manutention couvrent 35.000 mètres avec un développement de 134.000 mètres. Le personnel titulaire est de 8.000 employés complété par une armée d’auxiliaires.

La Samaritaine est propriétaire de cent immeubles. Son chiffre d’affaires est de un milliard trois cents millions. Elle contrôle la Société de Crédit La Semeuse, dont elle possède les trois quart du capital.

Elle a des clients par correspondance dans toutes les parties du monde. Elle utilise 250 voitures livrant chaque jour de 15.000 à 20.000 paquets à sa clientèle parisienne et de la banlieue. Elle reçoit une moyenne de 20.000 lettres par jour, elle expédie journellement une moyenne de 15.000 colis.

attelage SamaritaineAttelage de livraison de la Samaritaine

Elle distribuera à son personnel 1.100 millions de salaires, 23 millions de gratifications et parts bénéficiaires. Elle sert à son personnel 7.500 repas gratuits par jour représentant une dépense annuelle de 12 millions.

Il ne suffit pas d’appeler la fortune et d’attendre la chance. Il faut préparer le terrain propice et saisir avec énergie et intelligence la chance qui se présente. La Samaritaine est le plus saisissant exemple d’une affaire considérable ne devant son développement qu’au travail, qu’à l’unité de conception de ses dirigeants, un couple de travailleurs légendaires. Ils n’ont jamais consenti à se reposer ; ils ont donné à leur personnel la plus belle leçon d’endurance et d’énergie : ils ont, malgré leur énorme fortune, travaillé jusqu’à plus de 70 ans. Mais les Cognacq ont fait mieux que faire fortune…

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Ses bâtiments de style Art Nouveau et Art Déco sont l’œuvre des architectes Frantz Jourdain et Henri Sauvage ; le magasin principal est inscrit au titre des Monuments Historiques. 

verrie-CC-80re-samaritaine

En 1914, M, et Mme Ernest Cognacq transforment leur maison en Société en commandite, au capital de 36.000.000 de francs. Ils instituent en faveur de leurs employés de tous rangs une large participation aux bénéfices, avec accession au capital social, et vont développer une politique sociale unique pour cette époque.

La fortune des Cognacq s’est développée grâce à un labeur obstiné, à une méthode, à un programme étudié avec soin. Ces qualités se retrouvent dans leurs œuvres sociales : C’est l’admirable fondation Cognacq-Jay, fondée en 1916. Cette œuvre louable se double de toute une série de mesures destinées à sauvegarder l’avenir de ceux qui y travaillent ou y travailleront. Elle gère entre autres :

  • La Maison de Retraite de Rueil, maison gratuite pour les anciens employés de la Samaritaine.
  • Une maison d’accouchement (maternité) dans le 15ème arrondissement de Paris.
  • Le pouponnât de la Samaritaine, à Rueil également, élevant 50 enfants gratuitement, jusqu’à l’âge de 5 ans.
  • Le centre d’apprentissage d’Argenteuil, apprenant la couture et la broderie à cent orphelines.
  • La Maison de repos de Monnetier-Salève, recueillant pour quelques semaines ou quelques mois les jeunes employées anémiées.
  • L’œuvre des enfants à la montagne, envoyant en Savoie, chaque année, deux cent cinquante écoliers parisiens.
  • Le Groupe des habitations à bon marché de Levallois-Perret, destiné à offrir près de 600 logements vraiment économiques et salubres aux familles nombreuses.

Les Cognacq, qui n’eurent pas d’enfants, ont surtout songé aux berceaux des autres. Les familles nombreuses ont été leur principale préoccupation, puisque les bénéficiaires du legs Cognacq-Jay (ce que l’on appellera plus tard, le prix Cognac-Jay) reçoivent des sommes qui varient de 10.000 à 25.000 francs distribuées à des familles d’au moins 9 enfants, et dont le père et la mère n’ont pas dépassé 45 ans ou à des familles d’au moins 5 enfants dont le père et la mère ont encore 35 ans.

Prix Cognacq-Jay 1941Le prix Cognacq-Jaÿ

Les Cognacq n’étaient pas des utopistes mais des commerçants à l’esprit pratique, réaliste. Ils aimaient faire un bon placement dont ils bénéficieraient, eux, en même temps que leur pays, en aidant les familles nombreuses, en facilitant la vie d’ouvrier.

Ils travaillèrent toutes leurs vies, comme s’ils ne devaient jamais mourir. Jusqu’à la fin ils faisaient des projets, des calculs pour l’avenir. C’est là le grand secret d’œuvre prospère et utile.

Ernest Cognacq n’avait pas eu le temps de visiter les musées. Il se trouva assez riche, un jour, pour constituer un musée chez lui, il sut réunir une merveilleuse collection de tableaux, de terres cuites, de meubles rares.

Il préserva ainsi de l’exportation quantité de belles œuvres. Mais il fit mieux. De son vivant même, il voulait en faire profiter les autres et installa dans son magasin du boulevard des Capucines une galerie ouverte à tous. Il a fait mieux encore. Il a laissé à la ville de Paris ses collections, qui seront abritées au cœur de la ville, dans un musée dont il avait, avec soin, étudié les plans.

Musee-Cognacq-Jay Paris 2Musée Cognacq-Jaÿ

Devenu vieux, Cognacq ne prît pas sa retraite. Prendre sa retraite était pour lui indigne d’un homme. A 88 ans, il dressait des plans d’avenir pour la Samaritaine en prévoyant son développement pour vingt ans, mais s’il projetait ainsi sa pensée directrice dans le futur, ce n’était pas par un entêtement de vieillard qui se croit éternel. Pas du tout. En même temps qu’il organisait l’avenir, il préparait méticuleusement ses successeurs qu’il avait lentement façonnés, mêlés à ses pensées et aussi minutieusement étudiés que les plans d’extension de sa maison.

Le résultat actuel est que la société en commandite avec participation aux bénéfices qui eût pu tomber, après lui, en anarchie, se développe chaque jour normalement selon les vues et la prescience du père Cognacq et de telle sorte que dans sa tombe, il doit, si cette image n’est pas trop hardie, se frotter les mains. Il a dû mourir heureux en pensant qu’il s’était encore enrichi en distribuant intelligemment l’immense fortune qu’il avait su amasser.

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